| Business et Development |
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Chapitre 1Entreprise, pouvoir et institutionsUne longue histoire.
L’engagement de l’entreprise dans le développement passe par une analyse et une normalisation de ses rapports avec les pouvoirs politiques et les institutions internationales. Longue et souvent douloureuse histoire. Depuis que le commerce existe, autant dire depuis la nuit des temps, les mondes de l’économie et de la politique se regardent en chiens de faïence. Les banquiers lombards du moyen âge si ils prospéraient de leur affaires avec le Roi de France se faisaient régulièrement plumés par le même monarque lorsque le trésor royal était à sec. La création de richesse par l’activité industrieuse était tolérée dés lors qu’elle servait les intérêts financiers du royaume mais elle était réservée aux roturiers et la noblesse dérogeait à s’encanailler dans des activités lucratives. Le monde change. L’ignorance réciproque des cercles politiques dirigeants et du monde des affaires est à l’origine de bien des malentendus et d’une perte incommensurable d’efficacité dans nos sociétés du Nord. Elle est encore plus dommageable dans les pays du Sud. Le modèle de séparation des rôles a la vie dure. Pendant des décennies l’opérateur économique était supposé gérer ses affaires selon sa logique, et le responsable politique gérer la cité au mieux de l’intérêt général. Les seuls contacts étaient de nature conflictuelle. Le bien général ne pouvait profiter du développement des « affaires ». L’intensité des affrontements dépend du modèle de société. Exacerbé dans les pays de tradition catholique : « l’argent qui corrompt… », la collaboration se dessine plus tôt dans les sociétés protestantes. Certes les passerelles existent entre les deux mondes, au moins au niveau des exécutants des fonctions publiques mais si peu au niveau des vrais décideurs. On vit encore sur le schéma de séparation des territoires. Dans les pays en voie de développement, cette méfiance entre dirigeants politiques et entrepreneurs est de plus alimentée par le souvenir encore douloureux des sociétés privées, agents du colonisateur. L’Afrique et l’Orient mis en coupe réglée par les compagnies « concessionnaires » se souviennent. Cette méfiance conduit à des comportements suicidaires des états refusant, par exemple, le transfert des dividendes au prétexte que les sociétés privées doivent bien avoir d’autres façons de rapatrier leur profits. Ce qui peut effectivement créer les conditions de telles pratiques déviantes. Les dirigeants d’entreprise ne voient dans le pouvoir politique qu’une pompe à taxe pas toujours légitime et concentrent leur action publique à limiter l’imposition et les contraintes légales de toute sorte. Pour certains le modèle reste l’intervention directe chez le Président avec les compromissions attachées. Les rôles ambigus joués par certaines entreprises privées utilisées comme faux nez de l’influence politique de leur pays d’origine peuvent justifier une certaine retenue des pays hôtes. On se souvient des entreprises US en Amérique centrale au siècle dernier ou le rôle prêté à ELF, maintenant Total, dans les relations franco africaines. Par ailleurs la dépendance économique de quelques activités exportatrices est un souci légitime quant à l’indépendance des pays en voie de développement. Bref, au Sud la partie n’est pas gagnée pour ce qui est de se débarrasser de l’image simpliste de séparations des rôles : l’entreprise gagne de l’argent et se soucie de ses actionnaires, de ses clients, de ses fournisseurs, de son personnel alors que l’Etat et les agences de développement se chargent du bien général… et les deux se méfient l’un de l’autre. Et pourtant le monde bouge. La mondialisation n’est pas seulement la généralisation géographique des problèmes et des opportunités. Elle efface aussi les lignes entre les activités longtemps confinées dans leurs zones respectives. Le monde est global, non seulement parce que les frontières ont de moins en moins de sens mais aussi parce qu’au sein d’un même territoire les interactions entre acteurs de natures différentes sont de plus en plus intenses. Le sportif influence le politique (voir le Tibet et les jeux olympiques), le religieux challenge la légalité (voir la question musulmane dans nos sociétés), le financier bouleverse notre vie quotidienne (voir les « subprimes »). Tout est dans tout (et réciproquement). Si vous ignorez le monde, le monde lui ne vous ignorera pas ! La Banque Mondiale, pendant des décennies a fondé sa politique d’intervention sur une aide exclusive aux états et se préoccupait comme d’une guigne de la santé du secteur privé qu’il soit autochtone ou international : aidons les institutions nationales, le reste suivra. Au milieu des années quatre vingt dix, après une période de désamour généralisé avec l’opinion publique et prenant conscience de l’efficacité très relative des programmes déployés en Afrique et ailleurs, la Banque réalisa enfin que les richesses crées dans les pays en voie de développement comme partout ailleurs, l’étaient d’abord par le secteur privé. Une véritable collaboration vit alors le jour encourager les gouvernements bénéficiaires de l’aide publique à se rapprocher du secteur privé.. Certains dirigeants jouèrent le jeu afin de trouver les règles d’un nouveau partenariat entre état et acteurs économiques. Ces expériences seront évoquées ici. Il ne s’agit pas d’un phénomène de mode, mais d’un mouvement de fond. Chacun y trouve son compte dés lors que des règles simples sont suivies et que les uns respectent les références de l’autre. C’est ces règles que nous tenterons de mettre en évidence Philippe le Bel, aujourd’hui ne taperait plus dans la cagnotte des Lombards car ses banquiers iraient installer leurs balances ailleurs et les financiers auraient probablement l’opportunité de le lui expliquer avant qu’il ne succombe.
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