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Chapitre 9 PDF Imprimer Envoyer

Chapitre 9

L’Afrique va-t-elle rester à part ?

 

Poser la question est déjà un signe de ségrégation. Imaginerait-on la même interrogation au sujet de l’Asie ou de l’Amérique du sud ? Et pourtant ce genre d’approche ne choque pas comme il le devrait.

Pourquoi ?

Les réponses le plus couramment évoquées pour expliquer la spécificité africaine sont très souvent du ressort des conséquences et non pas des raisons profondes des difficultés des rapports entre public et privé. La vision des régimes politiques instables ou cleptomanes, la méfiance instinctive entre opérateurs économiques et puissances publiques… tout cela relève des acquis culturels européens et singulièrement français. Il serait bien entendu naïf de nier que l’environnement des affaires en Afrique sub-saharienne n’est pas un des plus difficiles au monde. Il suffit pour s’en convaincre de se reporter au classement de la Banque Mondiale « Doing Business 2009 » dans lequel les pays du sud du Sahara raflent 17 des 20 dernières places.

Constater les dégâts ne les explique pas.

L’Afrique a des ressources naturelles. Combien de fois n’a-t-on pas entendu le terme « scandale géologique » pour qualifier le sous sol de l’Afrique centrale?

Le continent a potentiellement les hommes capables de gérer les affaires comme les états. Les grands groupes qui font confiance à leur management local sont là pour en témoigner, de même que les institutions internationales. Vous trouverez dans les couloirs de la Banque Mondiale assez de ghanéens pour constituer plusieurs gouvernements. Le continent bénéficie depuis des décennies de la manne de l’aide publique. Les ressources, les hommes, l’argent …tout y est et pourtant le décollage réel de l’économie ne concerne que quelques états. Certes la croissance moyenne du continent est respectable mais elle n’est pas au niveau des 7 à 8 % qui permettrait un décollage réel du type de celui qu’ont connu les pays émergents asiatiques.

L’histoire récente du continent est contrastée. En termes d’évolution des régimes politiques le pire côtoie le meilleur. Le Zimbabwe, hier grenier de l’Afrique australe ne peut plus subvenir à ses besoins et le choléra fait des milliers de morts. Le Ghana, le Mozambique, le Botswana et d’autres sont sur la voie d’une démocratie apaisée. Au total les vieilles dictatures sont moins nombreuses qu’il y a dix ans. Sans le soutien réel ou perçu des anciens colonisateurs cela pourrait, peut-être, aller plus vite ! Malgré ces progrès relatifs en matière de gouvernance et une croissance économique citée ci-dessus l’espoir dans un retour du continent à meilleure fortune ne renait pas.

Le rapport de la CIA « Comment sera le monde en 2025 » développe un certain nombre des futurs possibles de la planète. Utilisant la méthode des scénarios, qui est probablement la meilleure des méthodologies pour appréhender les évolutions du monde qui nous entoure, les experts du renseignement américain et les nombreux collaborateurs qu’ils ont sollicités, décrivent pour l’essentiel un transfert de la puissance mondiale de l’ouest vers l’est et l’avènement d’un monde multipolaire qui n’est plus dominé uniquement par les Etats-Unis. La chine, l’Inde et dans une moindre mesure le Brésil montent en puissance. On s’interroge sur la Russie. Par contre pour l’Afrique sub-saharienne pas d’interrogation. Le flux

ouest-est n’a pas de dérivation vers le sud. Les seules mentions du continent noir sont relatives aux risques de poursuite des troubles inhérents à une démographie mal maitrisée et à la poursuite des malheurs sanitaires de certains états (sida, malaria..). Si l’on est optimiste on peut se référer aux armes de destruction massive et parier sur un autre flop des gars de Langley. Seulement dans ce cas il ne s’agit pas de renseignement mais de prospective couvrant des hypothèses larges de l’évolution des facteurs clés déterminants notre futur commun. Le simple fait que les pays africains ne figurent nulle part dans les bénéficiaires potentiels d’un nouvel ordre mondial et quel que soit cet ordre est un signal fort et …inacceptable.

Le renforcement possible du rôle des états dans les pays en voie de développement, suivant un modèle dérivé du système chinois n’est pas une bonne nouvelle pour beaucoup de pays dont la structure étatique n’est pas un modèle d’efficacité. Par contre la montée en puissance des entreprises privées en termes d’impact sur le développement au détriment des aides publiques et des institutions internationales est une opportunité que les entreprises ne doivent pas manquer. C’est en fait, le plaidoyer de ce livre.

Un retard qui ne se comble pas, une histoire récente contrastée mais non convaincante, des perspectives que personne ne reconnait, pourquoi ?

La question n’est jamais posée en ces termes dans les forums internationaux où l’on discute des symptômes tels que  mauvaises gouvernances, fiscalité inadaptée, corruption. Pour y répondre la comparaison avec l’Asie voire l’Amérique du sud est peut être la méthode de diagnostic adéquate. Dans les années soixante dix les tigres d’Asie d’aujourd’hui étaient à la traine par rapport à des pays comme le Zaïre ou d’autres. Les points de départ de l’histoire économique moderne n’expliquent rien de même que les ressources naturelles comme rappelé ci-dessus.

L’Asie et l’Amérique du sud se sont débarrassées de leur emprise coloniale. Le siècle de domination européen et un néo colonialisme de gestion du continent depuis les indépendances ont châtré l’Afrique. Aucun pays n’importe sa propre histoire et son propre modèle de société (voire l’Irak) et pourtant la France, le Royaume Uni et dans une moindre mesure la Belgique restent la référence consciente ou inconsciente des dirigeants et des peuples africains de leurs anciens territoires. Les politiques du nord se permettent des leçons de gouvernance allant jusqu’au chantage économique (Mitterrand à La Baule) ou à des allusions plus que douteuses quant aux capacités africaines à s’intégrer dans l’histoire du monde (Sarkozy à Dakar).

Il ne s’agit pas de faire porter aux européens l’entière responsabilité de cette domination rémanente. Depuis les indépendances, un demi-siècle s’est écoulé, plus de deux générations ! Il y a dans cette relation une connivence partagée, qu’il faut casser. L’avènement d’un monde multipolaire devrait redonner à l’Afrique l’opportunité de se dégager de ces influences castratrices. C’est d’ailleurs pour partie amorcé avec l’influence grandissante de la Chine et on peut souhaiter, si on a l’avenir du continent à cœur, que cette véritable indépendance se concrétise enfin.

Cette période devrait être difficile pour les entreprises qui n’auront pas compris que les règles ont changé. Reconnaitre les pouvoirs locaux comme des interlocuteurs et non comme des obstacles aux affaires, participer au développement des pays hôtes en citoyen respectueux de leur indépendance et par-dessus tout gérer ses personnels locaux avec le respect de leur culture, voila quelques règles qui feront la différence entre les gagnants et les perdants du renouveau du continent.…